• Stéphane

Celtique ou "le caractère des arbres"



Parfois , et même souvent, il m’est demandé d’écrire sur le caractère, le tempérament des arbres. De poser sur papier ma vision des arbres. Je rechigne depuis quelques années. J’ai commencé, mais je me suis rapidement arrêté. Vivant un lien de cœur avec la tradition celte, j’ai cherché une raison à cette difficulté de partager sur le caractère des arbres.

Plus que des écrits, j'aime partager. Accompagner chacun à se connecter. Apprendre à travailler avec l'esprit des plantes. Lors de ces apprentissages, je vois chacun changer au fur et à mesure de la capacité de se connecter aux arbres.

« Celte » signifie « libre ». Dans les lignées celtiques, c’est une des interprétations de ce mot.

C’est-à-dire que les traditions celtiques ne sont pas vraiment des traditions qui défendent une culture ou des pratiques. Il s’agit plutôt de voies qui nous aident à revenir à une forme de liberté. Devenir libres non pas vis-à-vis d’éléments extérieurs, comme un pouvoir en place par exemple, mais il s’agit de redevenir libre vis-à-vis des conditionnements, croyances et fonctionnements qui nous limitent. Sortir de nos enfermements. Dépasser nos limitations. Nos résistances.

C’est une voie intérieure. Individuelle. Cela induit des libérations progressives. Une liberté grandissante. Et dans cette liberté, une forme d’amour. Un amour sans attachements. Et parallèlement, le rayonnement de l’amour qui émane de chaque libération permet d’observer un écho dans le monde. Ce qui se passe à l’intérieur de nous se déploie naturellement dans le monde.

Dans la voie spirituelle celte, le monde extérieur est un reflet de notre monde intérieur.

Le monde celte auquel nous faisons référence quand nous évoquons ces traditions ou ces voies initiatiques correspond à une société principalement rurale. Des habitants des forêts et des champs. Avec une vie proche de la nature. Arts, mythologie, éducation, santé… les différents domaines concernés par le monde celte étaient principalement tournés pour vivre harmonieusement avec les forces de la nature et la place de l’humain dans cette vaste nature. Un monde fait de visible et d’invisible.

Lorsque je vois les calendriers celtiques des arbres que l’on trouve dans les ouvrages modernes, nous sommes loin du monde celte. Car ces calendriers posent des arbres sur un cercle annuel, avec un arbre par mois. Et cet arbre peut être un olivier, un figuier, un sapin… des arbres qui ne poussent pas dans les mêmes endroits. De plus, chaque individu a son propre calendrier. Ses arbres « parents ». Qui correspondent à des arbres de naissance, et des arbres qui ont émergé au cours de son parcours. Il y a là des arbres qui sont présents pour leur aide médicinale, et des arbres qui sont présents pour leur soutien spirituel (l’esprit de tel ou tel arbre). Chercher ses arbres parents ne se fait pas sur un calendrier. Cela se fait plutôt avec un Ancien qui vous guide dans cette démarche, car cela amène des reconnexions. C’est un processus qui va au-delà d’une connaissance mentale. Ce sont des reconnexions avec la nature. Cela a une incidence positive sur notre corps, sur notre énergie, sur nos pensées, etc.

Bien que le monde celte antique ait connu de grands voyageurs et que les flux commerciaux se faisaient dans toute l’Europe et le bassin méditerranéen, la population était principalement sédentarisée. C’est-à-dire que les personnes vivaient avec un lieu et un esprit du lieu. Le lien aux arbres était dans cette logique, et les « arbres parents », les « arbres tutélaires », « arbres maîtres » étaient donc proches. La proximité et le lien avec la forêt permettait de déterminer quel arbre était sacré pour telle ou telle personne, et quelle clairière était sacrée pour la communauté. Un lien vivant entre le peuple des Humains et le peuple des Arbres permettait cela.

Au-delà de catégoriser tel ou tel arbre selon son caractère, la voie spirituelle celte invite à se connecter à la forêt. Se connecter à l’esprit d’un lieu, à l’esprit d’un arbre, à l’esprit d’une montagne ou d’une rivière… Ces connexions se font par des rencontres, des apprentissages, des voyages physiques et des voyages avec notre corps spirituel (ou corps de rêve ou corps de lumière).

Le chemin de connaissance des arbres inclut cette approche spirituelle. Non pas en catégorisant les arbres, en les définissants, mais plutôt en aidant le chercheur à ouvrir son regard. A se laisser ensemencer par les arbres. Les Anciens ont pour rôle d’accompagner ces processus. Aider à se libérer de limitations, de croyances, de tentatives de figer le monde derrière des mots ou des concepts, pour ouvrir le champs de l’expérience et du non limité. Ouvrir une brèche en nous et voir quel monde apparaît. C’est une voie. Une voie du cœur. Une voie du regard qui s’ouvre et se libère.

Comme dans le Petit Prince de Saint Exupéry : « l’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec les yeux du cœur ».

Lorsque nous nous exerçons à rencontrer la nature, il se passe des choses inattendues. Des messages nous parviennent où les mots sont emplis d’une énergie particulière. Des mots énergie. Des images énergie. Et nous trouvons alors dans la nature des alliés pour notre vie quotidienne et pour notre chemin personnel.

C’est un voyage.

Ce n’est pas un voyage dans le passé. C’est le voyage de retour vers soi. Vers ce que nous sommes réellement quand nous nous débarrassons de nos encombrements. Un voyage qui commence un jour et qui ne finit jamais. Le premier pas est un choix. Une volonté qui nous pousse. Un besoin. Un appel qui nous bouscule. Puis encouragés par les aides sur ce chemin, nous continuons.

Bon voyage les amis. Nous nous retrouverons. Car dans la présence des arbres ou le calme d’un lac, dans le parfum d’une fleur ou le rire d’une cascade, il y a quelque chose de connu. Un écho à notre cheminement.

Au-delà du caractère des arbres, de quelque chose de posé sur un papier, nous rencontrons ces présences. Des présences qui forment une trame. Et cela nous relie. L’arbre nous relie, le lac nous relie… c’est là que nous nous retrouvons. Dans la présence qui relie. Au-delà des mots. Au-delà des concepts. Au-delà du temps et des apparences. Nous nous retrouvons là où nous avons toujours été. Dans la présence ouverte, sans nom, reliée.


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