Lettre de (fin) juin, solstice 2019




Pour cette lettre de juin, je me livre un peu. C'est ma façon aussi de partager. Car cette intimité est aussi ce qui est partagé dans l'énergie des stages et conférences.


Entre la pleine lune et le solstice d’été, cette lettre de juin apparaît. Elle se manifeste pour aller vers vous. Une lettre intimiste. Une lettre « en chemin ». Cette lettre évoque le chemin que je parcours, ainsi que la gemmothérapie, la sylvothérapie, et les orientations actuelles de cette école spirituelle de la Nature et des Plantes que je découvre en même temps que je la partage à travers stages et rencontres diverses.


Elle est écrite depuis l’Ermitage de la Garrigue, où je séjourne encore pour quelques jours. Mon quotidien est assez simple. Épuré. Le matin, j’accueille le soleil à son lever. Sur la petite tour de l’Ermitage qui surplombe la garrigue. On voit au loin le Mont Ventoux et les lointains sommets des Alpes. C’est tout. Le reste est une canopée de chênes verts, cades et quelques plantes de la garrigue. Une canopée d’où on ne distingue que des plantes. Pas un seul toit de maison. Sur 360 degrés, pas d’habitat visible à des kilomètres à la ronde. Les villages sont cachés derrière les collines avoisinantes.


Je salue le soleil avec tout le corps. Les premiers temps, je l’accueillais avec les yeux. Puis avec les yeux et le corps (sa chaleur et sa lumière sur le visage, les paumes des mains…). Puis cela en est venu à le voir avec le visage (plus que les yeux). Et finalement, je perçois souvent le souffle qui accompagne son apparition. Il est « traversant ». Un souffle me traverse à son apparition.


Le matin, après avoir salué le soleil et récité quelques prières (si elles viennent jusqu’à mon esprit), je bois un verre d’eau chaude et je lis un livre inspirant. J’étudie, d’une certaine façon. Parfois, la lecture est accompagnée d’une courte vidéo. Je découvre de nouveaux auteurs de textes ou vidéos, et je redécouvre des auteurs qui n’avaient pas fait écho en moi il y a quelques années, et dont je redécouvre les enseignements avec une joie nouvelle. En ce moment, je lis « Je suis » de Nisargadatta. Si en ce moment matinal des textes arrivent dans mon esprit, j’écris. J’écris et je vois si je peux publier ce texte, comme cette lettre que vous lisez. Je publie dans mon blog si c’est publiable. Si le texte semblerait devoir être retouché, je le mets de côté. Puis après un éventuel petit déjeuner, je passe aux quelques tâches d’entretien du lieu.


Après le repas de midi, je pars avec un hamac dans la forêt. Il y a là un bosquet de chênes qui aime bien m’accueillir. J’installe le hamac et je me pose dedans. Ensuite, j’attends. J’observe. Sans rien faire d’autre que accueillir et interroger ce qui se présente.

Parfois cela est comme une rêverie, je me laisse emporter par le flot des pensées et je les suis comme on suit un nuage dans le ciel.

Parfois, je vois ces pensées arriver, comme un nuage, et je les regarde passer. Je reste comme regardant un ciel où passent des nuages. Des pensées sur le monde, sur mon passé, sur des vidéos ou écrits que j’ai vus, des pensées du travail, du futur, des peurs, etc. Si je pense que je saisis fortement la pensée, comme si elle pouvait trouver une adhérence, je la questionne (à la façon de Byron Katie). Puis elle se transforme. Naturellement. Sans effort.

Parfois, en de rares occasions, il me semble ne plus regarder, ne plus être entrainé ailleurs, et ne plus observer non plus. Un peu comme si alors je devenais le ciel. Un ciel qui regarde.


A mon retour à l’Ermitage, c’est alors le travail « régulier » qui s’amorce avec les courriels, la gestion du site internet, et un travail de fond sur la gemmothérapie (travail bibliographique et d’écriture, en ce moment "les principaux macérats" pour chaque organe ou type d'affections).


Puis j’essaie de me coucher tôt. Dès que le jour décline, je prépare le coucher en rangeant mes affaires. Et quand la nuit arrive, je me couche. Certaines fois, je me couche avant la nuit, surtout en cette saison d’été. Cela me permet d’observer à nouveau. Comme dans le hamac. J’ai aussi dormi à la belle étoile. Je pense alterner, les jours prochains, nuitées dans un espace clôt et nuitées à la belle étoile.


Je vous écris depuis ce rythme assez naturel. Je suis parti sur les chemins depuis 2 ans environ. J’ai quitté une situation familiale et professionnelle pour aller sur les chemins. En quête. Au départ, je pensais une quête de sagesse, d’éveil. Un appel qui me poussait hors du connu, hors du confort. Une invitation à des transformations intérieures avec des changements extérieurs. J’ai débuté avec joie, et je me suis très souvent confronté à mes limites. A mes limitations. J’ai beaucoup pleuré, beaucoup douté, et j’ai vu nombre de mes peurs et de mes démons. Plusieurs fois, j’ai pensé craquer. J’ai parfois attendu la mort ou la folie. Certaines fois, ces deux amies étaient si proches que je sentais leur respiration. La mort et la folie sont des amies proches lorsque l’appel est là.


La mort, car elle est indissociable de la vie. Il s’agit de la regarder pour regarder la temporalité. Pour regarder aussi ce qui meurt autour de nous et ce qui meurt en nous. Laisser mourir ce qui doit mourir. Laisser partir ce qui doit partir. Accepter sans résister. Car cela ne sert à rien de résister (et ça fatigue). Pour laisser émerger le présent. Le non connu. Pour accepter un peu plus ce qui vit. Pour changer notre relation à la vie. Changer notre perspective. Accueillir l’aventure qui va avec la vie. Accueillir la fragilité nécessaire à l’apparition de la force. De la fragilité personnelle à la force qui nous traverse. Il se peut que ce soit la même force qui élève les âmes lors de la mort physique. Une force de lumière et d’amour. L’énergie de mort est une énergie de transformation. Il se peut que comme nous sommes résistants à la notion de vie, il a fallu créer la mort. Non pas comme une fin, mais comme un passage possible pour ne pas rester englués dans nos problématiques et nos illusions sur des durées folles. Vous imaginez si la durée de vie était de 500 ans et que l’âge de la retraite arrivait à 450 ans …

La mort est une énergie. Ce n’est pas la non vie. C’est une énergie, comme le feu ou l’eau. Une énergie de transformation.


La folie, c’est l’écho intérieur de ces changements. La folie c’est aussi un regard. Il n’y a qu’à regarder autour de nous pour observer la folie du monde. Il est aberrant, par exemple, dans la société occidentale contemporaine, de travailler toute l’année (avec des phases de repos hebdomadaires pour pouvoir mieux travailler) et se reposer quelques semaines. Se reposer quelques heures par jour, se reposer quelques jours par semaine, se reposer quelques semaines par an et se reposer quelques années sur toute une vie. Le reste passe dans un tourbillon qui semble essentiel à la société, à notre survie…et parfois avec tant d’effort, tant de peines. Nous pourrions travailler et voir lors de nos repos la joie de ce travail. Savourer après l’effort le travail accompli. Alors que bien souvent, nous nous reposons pour récupérer d’un travail qui nous a épuisé tant nous n’étions pas à notre place (attention, je ne dis pas qu’il s’agit de changer de travail si cela vous mine, j’invite à observer la folie de cela et de vous interroger sur ce qu’il y a à changer). Un peu comme cette observation du Dalaï Lama sur le travail où il ne comprenait pas que nous passions tant de temps et de fatigue à gagner de l’argent pour pouvoir le dépenser pour nous reposer.


Si nous observons un peu, nous pouvons voir la folie du monde, de nos croyances, de nos modes de vie, de nos modes de pensée… et que pendant cette folie et le stress qui en découle, il y a la possibilité de calme, d’apaisement, de joie, de gratitude, de surprise, d’émerveillement, de satisfaction… et un peu plus loin, de grâces et de plénitude. Une perception de la vie. Une vie au-delà de la vie. Au-delà de la folie et des apparences. En côtoyant la folie, là est le travail. Si la société ressemble à un asile de fous et de folie, voir que nous n’en sommes qu’un visiteur. Puis rentrer chez soi et retrouver ce que nous sommes. Dans le calme de notre foyer intérieur.

Retrouver notre terre. Notre humanité.

Retrouver notre air. L’air. Respirer.

Puis déployer.


Dans ce cheminement, il y a ces temps de retour en soi. Dans mon cas, ces retraits. Comme dans les grandes traditions, cette invitation au retrait ou au pèlerinage. Revenir aux sources de l’Être.


Puis déployer dans le monde à partir de ce qui émerge de ce retrait, de ces transformations, de ces nouveaux habits apparus alors que nous avions quitté nos vielles peaux, nos vieux habits, nos vieilles habitudes. Accepter, accueillir et aimer le nouveau en nous et dans le monde.


Concrètement, la nature et la gemmothérapie sont aussi présentes dans mon quotidien. Je peux donc facilement les partager. C’est cela qui se profile pour l’année à venir (je fonctionne en années scolaires pour les programmations). Des temps de retrait seul, des temps de retrait à partager, et des transformations intérieures accompagnées par la Nature. Participer à ces changements vers du paisible, du vivant, du bonheur. Et si certains ou certaines souhaitent cueillir, accompagner la cueillette et fabrication de remèdes de la nature. Cela vient dans un second temps. Car avant, il s’agit peut être de regarder la nature. De la découvrir au-delà de ce que nous en connaissons. Au-delà des sens. Au-delà du connu. Car ensuite, si il y a cueillette, c’est une guidance intérieure qui déploie la geste. Une guidance heureuse.


Alors d’abord aller retrouver la paix et la joie. La libération de ce qui nous encombre. Libérer. C’est le seul effort à fournir. Mais quel effort ! Laisser des parts de nous même accueillir la mort, la folie, pour muer comme une chenille. Pour devenir ailés et colorés. Pour déployer les couleurs de la vie. Comme le mentionne Antony de Mello, dans sa dernière conférence avant de quitter ce monde : Redécouvrir la Vie.


Je conclus ce courrier en citant De Mello :

« Voici l’histoire d’un disciple qui va voir son maître. Celui-ci lui demande :

- Pourquoi es-tu venu ?

- Pour Moksha, répond l’homme.

Moksha est le mot sanskrit pour « libération ». L’homme est venu voir son maître pour que celui-ci l’aide à trouver la libération.

- Oh, tu veux être libéré ! dit le maître. Eh bien, va d’abord trouver qui t’a enchaîné.

L’homme repart donc. Il va méditer pendant une semaine puis il revient et dit :

- Personne ne m’a enchaîné.

- Alors, pour quelle raison veux-tu être libéré ? demande le maître.


A cet instant, les yeux du disciple s’ouvrent et il trouve la libération.


Pourquoi êtes-vous venu ? Pour être libéré.

Allez trouver qui vous enchaîne ! Personne ne vous enchaîne, alors pourquoi voudriez-vous être libéré ? Vous êtes déjà libre. Pourquoi chercher quelque chose que vous avez déjà ? Vous ne le comprenez pas parce que vous vous êtes vous-même attaché avec toutes sortes de chaînes imaginaires.


Je crois que c’est John Lennon qui a dit : « La vie est quelque chose qui nous arrive pendant que nous sommes occupés à autre chose ». C’est superbe. Superbe ! La vie est quelque chose qui nous arrive pendant que nous sommes activement occupés à autre chose. »


Je vous souhaite un bel été, et en ce solstice approchant, que la lumière mette en avant nos joies comme nos doutes, que chaque jour soit une aventure qui vous mène encore plus loin dans la joie et la libération !


Merci et à bientôt,


Stéphane

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