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Repérages



Un organisateur me demande récemment d'animer des temps d'approche sensible en forêt. Il me propose de venir quelque temps en avance pour repérer. Repérer en forêt.

Finalement, je choisis de ne venir qu’au dernier moment. Il me demande alors : « comment pourras tu faire sans avoir repéré ? »

Je perçus dans sa question une invitation.

A observer.

Ai-je besoin de repères ? Je ne sais pas. De guides, oui. Les guides sont des jalons qui me ramènent sur le chemin de la vie, de l’amour ou de l’instant présent.

Les guides se présentent au gré de la vie, des circonstances. Mais de repères, je ne sais pas.

J’ai tant de repères. Tant d’idées posées, de convictions, de pensées sur le futur ou le passé, de projections dans toutes les directions. Et tous ces repères, ces idées, ces pensées ne me rendent pas plus sécurisé, ni plus spontané, ni plus heureux en fait.

Au contraire. Cela me stresse bien souvent. Etre dans le passé ou le futur ne me permet pas de m'ouvrir à chaque situation comme une situation nouvelle. D'apporter un regard nouveau. Unique. le regard du moment présent.

En observant cela, je choisis d’aller les modifier ces repères. Ces jalons.

D’enlever ces jalons qui ne font que tracer un chemin teinté de mes croyances, attachements et pensées.

Je choisis un chemin où la vie me surprend. Si je suis croyant. Ouvert à ce qui est. Apprendre. Et apprendre encore.

A accueillir le moment présent.

Enlever les repères et accueillir. Pas ce que je veux, ou je voudrais. Accueillir ce qui est.

Quand c’est un chemin qui mène dans des impasses, patiemment, je fais demi-tour. Ou parfois, comme par magie, là où je pensais tomber dans une impasse, un voile se lève et il y a encore de quoi cheminer.

C’est un chemin parfois dur car on y laisse de vieilles peaux, accrochées justement à des jalons que nous avons projetés. De vieilles peurs et des pensées usées.

C’est un chemin parfois doux et lumineux, car la vie vient nous surprendre. Nous traverser et nous transporter.

C’est un chemin de vigilance. D’attention.

Enlever les jalons.

Enlever les « hier» et les « demain ». Ne laisser se resserrer le temps et l’espace qu’à ce qui est.

Et dans cet espace et ce temps comprimés, il y a une liberté et une immensité. Il y a là un être ailé. L’ange de la réalité.

Au delà de nos croyances et de nos pensées, quand en nous l’espace se crée, l’ange apparaît.

En observant cela, en le laissant se déployer, la réponse à l’organisateur est venue d’elle-même. Sans vraiment que je la choisisse.

Je l’ai juste accueillie, transférée.

« Comment pourras-tu faire sans avoir repéré ? »

« Avec confiance »

Quoi que je fasse, quoi que je pense, je ne peux que constater : la vie se déploie

A chaque instant.

Je peux lutter. Vouloir. Ou résister.

La vie se déploie à chaque instant.

Je peux observer, accepter et m’y ouvrir pleinement.

A chaque instant.

La vie se déploie.

A chaque instant.

Je ne suis rien. Et je suis tout.

La vie se déploie à chaque instant.


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