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Carpe Diem


Tout d’abord merci pour les dons qui nous ont été envoyés. Je continue d’offrir des textes et occasionnellement je vous demanderai si vous pouvez faire un don. Même quelques euros (l’équivalent d’un verre de thé) sont merveilleux. C’est ainsi que fonctionnaient certains lieux de sagesse avec leur communauté. Et en écrivant je ressens cette communauté de lecteurs dont vous faites partie. Je m’adresse directement à vous dans ces lettres, même si nous ne nous sommes pas encore rencontrés physiquement.

La plupart du temps, j’écris ces lettres au milieu de la nuit. Je vous écris vers 2h ou 3h du matin. Et c’est une belle heure. C’est un concept assez moderne d’essayer de faire une nuit complète. Traditionnellement, la moitié de la nuit était l’occasion de se réveiller pour prier seul, en famille voire entre gens d’une même maisonnée (bourgeois, nobles, domestiques, fermiers..). Un temps de prière puis un petit temps de partage, voire avec une petite collation nocturne. Ce milieu de nuit a quelque chose de paisible, d’inspirant et de sage si nous ne résistons pas et que nous acceptons ce temps méditatif.

J’ai bien reçu vos questions et je tenterai d’y répondre au fur et à mesure des lettres.

En me couchant, il y a avait 2 mots qui venaient en boucle : Carpe Diem.

Vous souvenez vous de ce film (ou ce livre) « le Cercle des Poètes Disparus » ? Citant majoritairement Thoreau et Emmerson, le personnage principal invitait à changer de perspective, à vivre au moment présent, à vivre avec intensité, à vivre en poète… « Carpe Diem », « vis intensément avec le présent ».

Avez-vous déjà essayé de vivre intensément le présent ? Êtes vous en train de vivre intensément le présent ? Et les heures précédentes ?

Vivre intensément le présent nécessite un préalable : entrer dans le présent. C’est-à-dire sortir du temps comme référence principale. Ce que nous sommes n’est pas la continuité de ce que nous étions hier, avant-hier, la semaine précédente ou il y a 3 ans. Ceci est une infime partie de ce que nous sommes.

Lorsque nous nous asseyons à l’intérieur de nous même, nous découvrons la vie. Le mouvement naturel de la vie. Des vagues de pensées passent dans le ciel de nos perceptions, des ondes émotionnelles voyagent dans toutes les parties du corps, des histoires apparaissent sur l’écran de notre cinéma intérieur… Et ce qui est merveilleux, c’est que nous pouvons tous expérimenter cela. Passer d’un mode de vie purement mental à un développement de nos capacités à sentir. Sentir, c’est en quelque sorte observer ces mouvements depuis un centre paisible et ouvert. Être au centre du spectacle.

Le Sentir nous amène à percevoir ces mouvements proches, si proches que nous ne les percevons pas habituellement. Si nous ne faisons pas l’effort de nous poser un instant pour les observer. Puis de cet espace qui perçoit le spectacle intérieur, nous pouvons progressivement inviter divers éléments pour en accueillir la substance, la vibration de l’instant : un humain, une rivière, une fleur…

Bien sûr c’est un pari. Un pari fou. Soit nous accumulons les expériences pour tenter d’en vivre certaines avec intensité, soit nous nous posons en imaginant qu’il y a dans ce frein brutal de nos habitudes un espace que nous n’avions pas encore perçu pleinement.

C’est un pari fou si vous imaginez que la vie est courte, que vous êtes né un jour et que vous mourrez quand le corps mourra. Si par contre vous imaginez que le corps est mortel, mais qu’une part de ce que vous êtes reste immortelle, continuera à vivre quand le corps mourra, alors vous entrez dans une autre possibilité.

C’est un choix. Presque le seul vrai choix que nous ayons à faire. Car cela génère une façon d’accueillir la vie et de la rayonner.

Actuellement, je ne crois plus vraiment que des personnes existent. Ou du moins, pas dans ce que j’en avais crû jusqu’alors. Je vois bien des corps se mouvoir, exprimer des paroles, des actes, mais la plupart du temps je ne crois plus qu’il y a une personne qui s’exprime, que j’avais déjà rencontré la veille ou l’avant-veille… Je constate que la majorité des êtres humains que je croise reste dans cette vieille croyance d’être quelqu’un vivant dans le temps. Je ne peux plus y adhérer car mes expériences intérieures me montrent le contraire. C’est aussi cela qui fait que j’ai de plus en plus de difficultés à converser avec les êtres que je croise. Je m’adresse souvent à la part qui émane de la présence de mon interlocuteur là où souvent cet interlocuteur souhaite m’emmener dans son espace très conceptualisé et attaché au temps (et à la croyance d’être quelqu’un).

Le sage Manuel me disait avant l’été « apprends à devenir personne. Sans nier ce que tu es, apprends à devenir personne. A ne plus avoir d’importance. Accueillant cela, quelque chose se dissout, et tu te relies à tout. Tu retrouves ta vraie nature ».

Il ne s’agit donc pas de nier, mais d’expérimenter. Plonger dans le non temps, dans le Sentir, est un exercice fastidieux au départ. Car nous naviguons entre deux croyances : il y a le temps et le temps n’est pas ce que je crois. Il y a moi et ce que je suis n’est pas ce que je crois être. C’est à devenir fou tant nous ne savons pas accueillir ces paradoxes. C’est pure folie si nous essayons de comprendre. C’est pure folie lorsque nous commençons à en faire l’expérience. C’est pure folie que d’essayer de faire marche arrière après certains points, car nous touchons à l’essence même de la vie. Nous touchons à des mouvements primordiaux. Nous en faisons l’expérience.

Et la nature est le lieu privilégié pour en faire l’expérience.

Dans la pureté.

Dans l’ouvert qui se manifeste.

Dans la Présence qui se manifeste avec pureté.

Dans l’expérience intime qu’une magie opère.

Et le grand magicien orchestre la rencontre avec vous même de façon magistrale.

Stéphane



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