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Crise d'angoisse

  • 20 juil.
  • 6 min de lecture

Bonjour,

 

         J’espère que vous allez bien et que vous pouvez vous rafraichir et trouver du calme dans l’ambiance plus que chaude de cet été.



Je souhaitais donc vous partager cette expérience qui m’est arrivée cet après-midi, que je n’avais encore jamais faite, et qui pourra peut-être vous aider sur votre propre chemin de libération.

 

         Après une nuit assez inspirante et visionnaire, je me levais ce matin avec une drôle de sensation. Je sentais que j’agissais un peu au ralenti. Puis peu à peu, j’ai senti le corps pesant, les idées qui s’emballaient, et un ensemble d’histoires ont envahi l’espace mental. Des histoires qui parlaient de drames et surtout se sont posées dans un espace contradictoire.

D’un côté il y avait les récentes histoires conflictuelles avec ma voisine et propriétaire, avec l’équipe d’un écolieu où j’étais investi, avec les entrepreneurs qui passent le tractopelle sur un de nos lieux de prières, sur les propos malveillants concernant notre famille… cela tourna d’un seul coup dans ma tête.

Comme dans une caverne, les parois semblaient réfléchir des pensées, des croyances, et des histoires avec des personnages qui s’animaient de façon virulente sur les parois. J’étais comme dans une grotte éclairée où les dessins rupestres de mes histoires s’agitaient et passaient d’un endroit à l’autre sur la grotte. Des dessins animés, mais pas très sympas. Et surtout qui se succédaient à un rythme soutenu, pour finalement s’entremêler.

         J’ai essayé d’utiliser les Travail de Byron Katie, de remettre en question des pensées attrapées au vol. Cela accentua le tourbillon mental et émotionnel. Je n’arrivais plus à formuler intérieurement une phrase complète.

 

         Mon corps n’a pas tenu. J’ai senti le corps s’alourdir encore plus, et j’ai signalé à ma femme que je devais m’allonger. Je sentais les tensions se créer dans les mollets, dans le dos, la nuque, etc. Momentanément, pris par le tourbillon des pensées et des émotions, je sentais le tournis dans la tête.

 

         Il s’est alors produit un fait étrange.

         Tout d’abord, il y a eu comme une petite voix qui m’a rappelé un texte que j’avais lu récemment, de Arnaud Desjardin : « Il faut que vous observiez et comprenez comment vous fonctionnez. « J’aime ce que j’aime et j’en attend quelque chose. » Et inversement : « Je n’aime pas ce que je n’aime pas ». Peu à peu va se produire une transformation. Ouvrez-vous à l’idée d’un amour devenu un état d’être permanent. Une sentence bien connue nous dit : « Le sage aime comme le feu chauffe et éclaire ». Le feu n’éclaire pas spécialement quelqu’un ou quelque chose, pas plus qu’il ne chauffe spécialement quelqu’un ou quelque chose ; c’est sa nature de chauffer et d’éclairer.

Le sage aime comme le feu chauffe et éclaire. Il s’agit donc d’un amour inconditionnel qui ne s’adresse pas spécialement à quelqu’un et que, pourtant, chacun ressent personnellement. Cet amour peut être de plus en plus stable, sans oscillation, sans contraire.

         Pour l’instant, nous sommes loin d’être établis dans l’amour ; nous avons des réactions émotionnelles de rejet, de mépris, de rancœur même : « Je lui en veux. » Mais ce qui nous est proposé, dans notre propre intérêt – pas seulement dans l’intérêt de ceux que nous allons aimer -, c’est de nous stabiliser peu à peu dans la bienveillance inconditionnelle. »*

 

Et en même temps que les dessins animés, que les jugements et pensées qui émanaient, venaient se mélanger les paroles du sage Arnaud.

Ce qui était déjà un mélange chaotique devint encore plus chaotique en aspirant dans sa ronde mentale les paroles de Arnaud Desjardin.

 

Le corps semblait commencer à se secouer de spasmes. Je ne savais pas jusqu’où cela pourrait aller.

Je fermais les yeux un instant, c’était si tourbillonnant que je les rouvris pour essayer de garder un point de stabilité avec le regard. La pièce où j’étais ne tourbillonnait pas. Seules les pensées et émotions tournaient dans ma tête et mon corps.

Mais le corps était éprouvé par l’expérience, et je m’inclinais en fermant les yeux et en m’abandonnant pleinement à ce qui allait se passer. En fermant les yeux, je m’en remis au divin.

 

À ce moment-là se passa quelque chose de nouveau pour moi. Car le corps épuisé de cette folle farandole s’endormit. Et ce qui était bizarre, c’est que je restais réveillé. D’habitude, nous dormons quand le corps dort. C’est un peu le principe. Nous restons identifiés au corps, et alors nous dormons, les rêves ou le sommeil profond apparaissent. Mais là, ce n’était pas un rêve. J’étais aussi présent que lorsque j’ai fait mon AVC ou mes expériences de mort provisoire.

Je restais réveillé, le corps s’était endormi, je sentais les mouvements du corps plus apaisé, j’entendais même les ronflements émaner de la bouche de ce corps, mais j’étais en retrait par rapport à cela. Je restai réveillé et j’observais cela.

Puis j’ai observé la farandole qui tourbillonnait un peu moins vite. Je voyais les images se stabiliser progressivement sur les parois de ma grotte intérieure.

 

         Je restai à observer cela un bon moment. Peut-être une demi-heure. Puis je sentis que le moment était venu d’aller vers la rivière. Vers l’eau. Vers la terre aussi. Je sentais que les éléments m’appelaient. Comme le corps dormait, j’ai essayé d’y aller par l’esprit. De me projeter là-bas comme je peux le faire parfois dans mes rêves. Mais là, je n’arrivais pas à aller très loin. Dès que je me concentrais sur la rivière, une force invisible me ramenait au corps allongé et endormi.

Alors j’ai demandé au corps de se réveiller. Toujours à l’intérieur de ce corps, comme extérieur, observateur dissocié, j’ai donc perçu le corps se réveiller et aller vers la rivière.

Et là le corps s’est posé en partie dans l’eau froide, les fesses sur les galets, les jambes dans le courant frais pendant que l’air était chaud de cet été caniculaire.

 

Les histoires sont allées en arrière-plan. La sensation corporelle de l’eau sur les jambes, des galets sous les fesses… cela était ajouté d’une touche de gratitude.

Je sentais, plus que mes propres histoires, l’amour de l’eau et de la Terre. Je sentais que les éléments ont un esprit et que cet esprit est capable d’amour. De relation vibrante. J’en faisais l’expérience sur l’instant.

 

J’aurais aimé revenir à mes histoires. Travailler les croyances portées par ces histoires et émotions. Mais la rivière me demanda de m’ouvrir à l’amour. De me mettre en résonance, en fréquence avec soin amour. La rivière coule pour tous les êtres. Elle offre son eau à tous les êtres, sans distinction. Sans jugement.

La rivière m’invita donc à m’ouvrir à sa présence. Puis elle m’invita à consigner ce que je venais de vivre et de le partager. C’est pour cela que je vous l’envoie.

 

         Nous ne sommes pas la somme de nos histoires. Et même la formule « écoute ton corps » que j’ai parfois entendue auprès de thérapeutes me paraissait complètement dénoter. Ou du moins, oui, je peux écouter le corps. Mais s’il s’agit de nous y identifier, il me semble que nous passons à côté de l’âme que nous sommes. Nous passons à côté de l’extraordinaire possibilité de nous sentir en union profonde avec la rivière ou la Terre elle-même. Nous passons à côté de l’émerveillement. Car la phrase n’est pas complète. « Écoute ton corps, car tu es une âme qui dans cette existence a choisi ce corps pour faire une expérience provisoire. C’est l’âme que tu es, éternelle, pure, qui écoute le corps et les différentes vagues de pensées et émotions ».

 

         J’ai aussi compris, par cette expérience directe, qu’il y a un sas. Un espace intermédiaire entre l’âme et les perceptions corporelles. Il y a cette grotte, cette constellation de présences, de pensées, de projections, de programmes de toutes sortes, d’injonctions… et que nous avons la possibilité, en revenant à l’esprit du feu, de l’eau, de la terre ou de l’air en revenant aux présences enseignantes des arbres et des montagnes, des grottes et des sources, une possibilité d’éveil. De réveil. Et surtout, un trésor, une possibilité extraordinaire : celle de retrouver la vibration de l’émerveillement. Et de faire partie de cette vibration, l’accueillir, la sentir, tout en la laissant couler à travers nous et se déployer. Nous pouvons participer à l’émerveillement et la magie de la Vie.

 

 

 

* Arnaud Desjardin, La Paix toujours présente, éditions La Table Ronde

 
 
 

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