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La cigale et la fourmi

  • il y a 11 minutes
  • 4 min de lecture

Depuis quelques semaines, et d’autant plus avec une rencontre récente avec des « abuelos », des Anciens d’Amérique du Sud et d’Amérique du Nord, dans une communauté en Espagne, la notion de « tribu » revient fort dans mes méditations.

 

Je ne sais pas pourquoi, ces derniers temps mes guidances m’ont renvoyé plusieurs fois sur la fable de « la cigale et la fourmi », et surtout sur la « morale : la cigale se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue ».

 

J’ai souvent compris cette fable d’une certaine manière. Je pense que lorsque je l’ai étudiée à l’école primaire, quand j’étais enfant, il s’agissait de travailler au lieu de flâner, afin de préparer les moments difficiles. D’une certaine façon, il s’agissait de capitaliser en cas de coup dur.

Le problème, c’est que j’ai du mal à capitaliser. Et un de mes pères spirituels me racontait cette anecdote : lorsque ses parents sont décédés, il a hérité d’une maison. Il a vendu cette maison, et la somme obtenue correspondait aux besoins de santé d’une personne gravement malade qui nécessitait un traitement à l’étranger, fort couteux. Il a donné cet argent à cette personne afin qu’elle puisse se soigner.

 

Quand il a été lui-même en difficulté, il s’est rendu compte qu’il était assez seul avec ses problématiques.

Et je me rends compte parallèlement que des amis qui semblent avoir capitalisé se trouvent seuls. Par exemple une amie qui se sépare de son compagnon, qui malgré des nombreux amis sur réseaux sociaux se retrouve sans hébergement d’urgence (nous l’avons accueillie chez nous, bien que nous ne soyons pas dans des réseaux sociaux). Ou un ami qui soigne de nombreuses personnes et qui se retrouve seul lorsqu’il est hospitalisé.

 

Alors je me posais des questions. Si je m’imagine capitaliser dans une maison, et vraiment penser que cela me servira en cas de coup dur, je sens que lorsque je serai dans mes vieux jours, ou qu’un grave problème se présentera, je peux me retrouver seul. Certes, on peut être avec un certain capital financier, mais si c’est pour se payer un Ehpad dans nos vieux jours, est-ce que le labeur aura été vraiment intéressant ? Quels fruits récoltons-nous à ce moment-là ?

 

Alors j’ai regardé quelques paraboles ; je comprends bien que nous récoltons les grains que nous semons. Si nous plantons du blé, ne nous attendons pas à récolter du seigle. Nous récoltons ce que nous semons.

Et si je regarde intérieurement, ce qui me rend heureux, si je me projette dans mes vieux jours de cette existence, ou si je suis hospitalisé, c’est de voir des êtres heureux venir me visiter. Sentir que l’amour que nous partageons nous unit au-delà du temps, au-delà de nos états de santé, au-delà des épreuves. Les épreuves nous aident à mieux concevoir la vie, à mieux comprendre ce qu’est la vie, et à ajuster notre existence et nos capacités au service de cette Vie.

 

Puis j’ai écouté Arnaud Desjardin qui cite son maître spirituel (Swami Prajnanpad) : « l’amour est un calcul » (love is calculation).

Bon, l’amour est un calcul, pourquoi pas. J’ai écouté intérieurement.

J’ai d’abord vu que le calcul, lui,  n’est pas toujours de l’amour. Si nous pensons « telle personne peut servir mes intérêts », cela n’est pas de l’amour. C’est du calcul. Tourné vers une vision réduite de l’existence.

 

J’ai questionné la cigale et la fourmi. Et je sens que ce qui est souvent omis dans la fable, c’est que le soir, la fourmi allait au coin du feu écouter la cigale chanter et elle chantait avec elle. Et que la cigale allait parfois donner un coup de main à la fourmi. Et elles sont devenues amies. Elles ont appris que l’amour est un calcul.

Comme le dit Arnaud Desjardin, un calcul de certaines qualités définies de l’existence : le temps, l’argent et l’énergie qui nous est fournie.

Si nous souhaitons une société paisible, heureuse, quelle part de temps, d’argent et d’énergie donnons-nous à cela ?

Quelle est notre implication dans l’éducation des enfants, dans la présence et l’accompagnement de malades ou de personnes vulnérables ? Quelle présence dans les moments de deuils ? Cela se construit en dehors des moments de bise. En dehors des moments de crises.

Ce sont ces chants autour du feu, ces moments de partage dans la disponibilité, ces moments de vision d’une micro société qui fonctionne harmonieusement qui permettent de créer une façon de se relationner emplie de compassion.

En ce début de nouvelle ère, nous avons à apprendre la confiance et la foi. Nous avons à apprendre comment vivre ensemble en petites tribus. Nous avons à expérimenter divers modes de vie collectifs afin de laisser émerger une société harmonieuse. Où les activités spirituelles sont aussi importantes, voire plus importantes que les activités physiques.

Nous avons à réapprendre à écouter la Terre mère. Simplement. À écouter ses conseils pour vivre harmonieusement les uns avec les autres, incluant tous les êtres, humains et non humains.

Chaque jour, à petits pas, en trébuchant parfois, et en accueillant une main secourable pour nous-même, tendre cette main secourable un jour, nous avançons. Nous préparons ensemble une force collective qui nous permet d’aborder ensemble la bise quand elle vient.

 

Je sens que la cigale et la fourmi nous invitent à penser à notre mode de vie individuel et collectif. Sans craindre la bise, mais au contraire en renforçant nos qualités collectives, à petite échelle, à l’échelle d’une tribu, pour qu’une nouvelle société émerge. La société des tribus bienveillantes. Et les Esprits de la Nature sont heureux de collaborer à ce type de société. Les Esprits du Ciel et de la Terre, les Esprits des éléments… nous attendent pour co-créer cette nouvelle société.

 
 
 

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