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Notre maison

  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Comme la plupart d’entre nous, je garde en moi la mémoire d’un autre temps. D’une autre vie.

Au petit matin, j’étais heureux de sentir le soleil se lever et réchauffer la terre. J’aimais cela. Je regardais ma femme aller vers le feu du matin, lorsque subsistent les braises, et remercier Grand père feu en faisant un cercle de plantes. De ses herbes d’offrandes.

J’aimais la regarder faire cela et saluer grand père soleil.

Nous n’appelions pas « notre maison » le lieu où nous dormions. Notre maison, c’était ce qu’aujourd’hui nous appelons « la nature ».

Notre maison était vivante. Le soleil passait entre les troncs et les feuilles d’arbres et nous savions en savourer l’essence. La présence. Nous faisions partie de ce grand cycle des saisons. Nous étions en profonde relation avec tout ce qui vit.

Nos habitats étaient des habitats communs, où vivaient en hiver de nombreuses personnes. Les anciens étaient les plus près des foyers, et les enfants aimaient prendre soin des anciens. Ils leurs apportaient du bois pour mettre dans le feu, et les anciens leurs racontaient des histoires et leur apportaient de la douceur. Il y avait une douceur réciproque entre les enfants et les anciens.

 

Nous avions peu de possessions personnelles, tout était partagé. Quand les beaux jours arrivaient, certains préféraient aller dormir dans de petits habitats un peu à l’écart, surtout les jeunes couples. Dans des habitats de la tribu.

Nous vivions de façon pacifique. Certains ont peut-être vécu dans des zones avec des conflits, je me souviens avoir vécu dans une zone pacifique. Et me sentir profondément heureux et relié à tout ce qui vit.

 

Tout ce qui vit était relié par une grande force, la même grande force dans la fleur ou dans l’ours. La même grande force dans l’air et dans l’eau. Une force qui vit dans le visible et dans l’invisible (là où tout nait).

 

Quand un ancien mourait, il ouvrait intérieurement ses ailes et il s’envolait. Pour quitter son corps. Personne n’était triste. Il rejoignait cette force invisible pour continuer son voyage. Et la tribu le saluait et lui souhaitait bon voyage.

 

Personne n’était laissé de côté. Chacun avait sa place, son rôle, selon ses aptitudes, sa force, son endurance, son agilité…

 

 

C’était un temps où il n’y avait pas de livres. Ni de technologie au sens informatique actuel. Nous n’en avions pas besoin. Nous étions heureux et libres. Avec un sens aigu de ce qu’il y avait à faire pour maintenir la vie au sein de la tribu.

 

Les possessions n’étaient pas nombreuses. Juste quelques outils pratiques et quelques vêtements. Le reste était partagé. Tout était partagé. Le don et le partage étaient des valeurs bien plus grandes que les possessions.

 

Les anciens fumaient la pipe parfois. Quand ils faisaient passer leur pipe, c’était leur façon de transmettre une partie de leur savoir. Avec l’esprit de la pipe et l’esprit des plantes. Ils avaient une pipe pour transmettre.

 

Notre maison était généreuse, et l’hiver était une période plus rude, de disette parfois, en sachant que cette période nécessaire permettait la gestation des bougeons, des graines et baies, et une étape importante pour les cycles animaux. L’hiver était honoré. Chaque jour était honoré. Chaque instant. Nous avions des mots pour parler avec douceur de notre maison. Des mots emplis d’amour, de pluie nourricière et de rayons de soleil. Même dans les périodes de disette, il y avait une forme d’abondance. En hiver, les histoires des anciens nourrissaient le corps quand la nourriture était moins abondante. C’était le rôle des anciens. Grand père soleil brillait moins, les cueillettes étaient moins abondantes, alors les anciens parlaient et les plus jeunes écoutaient. Parfois c’était au tour des plus jeunes de parler.

 

Les animaux aussi faisaient partie de cette grande force qui vit en tout. Et nous honorions leur don quand nous les tuions pour les manger. Pas uniquement au moment de les chasser, mais tout au long de l’année. Ils étaient présents en nous et dans nos pensées, nos paroles, notre gratitude et nos offrandes. Tout se faisait avec la notion de cycle. Pas de temps linéaire. Des cycles. Perçus dans le seul temps qui existe : le présent.

 

Nous avons tous en nous cette mémoire. Car elle existe encore dans les pierres, dans la terre qui nous porte et fait pousser les plantes que nous mangeons. Cette mémoire existe encore. Nous pouvons retrouver le chemin qui nous faisait voir notre maison de façon plus lumineuse. Le soleil à travers les troncs et els feuilles d’arbres était plus brillant. Tout était plus brillant. Et nous ressentions cela. Cette brillance en nous et dans tout ce qui vit.

Nous connaissons cela, car nous en gardons la mémoire. Tous les espaces de notre maison gardent cette empreinte de notre vie.

Et nous retrouvons la mémoire.

Nous voyons que beaucoup de choses sont inutiles et ne nous rendent pas heureux actuellement. Nous savons qu’il est temps de revenir à ce qui rendait notre regard lumineux et qui nous rendait profondément relié et heureux. Le moment est là.

Nous regardons notre maison et nous savons. Si nous ouvrons les yeux sans nous voiler la face, nous savons.

 

Et si nous écoutons cette grande force, celle qui vit en toute chose, visible et invisible, celle qui a accueilli les anciens et les esprits animaux, nous savons quoi faire. Dans quel rythme. Intimement, nous savons.

Nous savons où se trouve notre joie, où se trouve notre lien profond avec la Vie.

 

Dans la simplicité de la forêt, dans la douceur de la terre, une partie de notre cœur, une partie de notre âme nous attend. Patiemment.

 
 
 

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