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Richesse et Pauvreté

  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

      Mon enfant de cinq ans revenait de chez sa maman qui habite dans un peu plus haut dans la forêt de notre vallon (nous avons la garde partagée, nous sommes séparés).

Nous étions en train de bricoler sur notre habitat, et il s’écarta légèrement et profita de ce moment où nous étions tous les deux pour évoquer un sujet qui semblait l’accaparer.

 

—  Papa, nous sommes pauvres.

 


J’arrêtais de travailler le bois sur lequel je me concentrais et je me rendis disponible aux paroles de mon enfant.

 

—  Qu’est-ce que tu me dis ? Tu peux répéter ?

—  Nous sommes pauvres.

—  J’avais entendu. Est-ce que tu veux bien m’en dire plus ?

—  Maman travaille beaucoup, mais elle ne peut pas m’acheter tous les jouets que je veux. Elle me dit que nous avons très peu d’argent. Papa, nous sommes pauvres…

 

Je sentais qu’au-delà de jouets à acheter, il y avait une forme de tristesse et de peur du lendemain. C’était sa façon à lui de me parler de la pauvreté.

Je lui proposais de venir s’assoir près de moi. Devant notre habitat, il y avait la rivière, et la forêt.

 

—  J’entends ce que tu évoques. Mais je pense que nous devrions explorer un peu cela.

Il m’écouta.

—  Ta maman, tout comme nous avec Lucie, avons décidé de vivre un peu en retrait des villes. Nous sommes dans la forêt. C’est un choix, et cela a des répercussions. Il est vrai que nous avons moins d’argent que la plupart des personnes qui vivent en ville. Est-ce que cela nous rend pauvres ?

—  Mais papa, si nous avons peu d’argent, nous sommes pauvres !

—  On va voir. Tout d’abord, est-ce que tu as un toit pour dormir, et est-ce que tu as à manger dans ton assiette ?

—  Oui.

—  Bien. Tu as cela chez ta maman comme chez nous ?

—  Oui.

—  Bien. C’est déjà beaucoup. Certains enfants n’ont pas un espace sécurisant, ou même à manger à chaque repas. Et même, tu vois ces sources, tu as accès à une eau potable. Tu vois la source à côté de la maison ?

—  Oui.

—  Sache que certains enfants n’ont même pas assez d’eau potable pour boire. Et au-delà de ça, de nombreux enfants n’ont pas accès à une eau vivante. Car l’eau de cette source est vivante, elle sort directement de la terre. C’est extraordinaire. C’est rare. Une maison à côté d’une source de bonne eau. Tu sais, en ville, c’est rare de trouver cela. Très rare.

—  Ah bon ?

—  Oui. Et aussi, ferme les yeux. Et respire… est-ce que tu sens ce bon air qui rentre dans ton corps ?

—  Oui, je le sens.

—  Et bien il y a peu de gens qui ont accès à ce bon air de la forêt. Cet air est rempli de lumière et de vie. Est-ce que tu peux sentir cela ?

—  Oui, je le sens.

—  Regarde à présent. Ouvre les yeux. Cet air est tout autour de toi. Des milliards de particules de lumière et de vie qui t’entourent. C’est une grande richesse.

Et regarde, tu vois cet arbre, dis-je en lui désignant un arbre proche.

—  Oui, je le vois. Et bien compte les arbres face à nous, sur le versant de la colline devant nous.

Il commença à compter.

—  Papa, il y en a trop. Quand j’arrive à un chiffre haut que je connais, il y en a encore beaucoup que je n’ai pas compté.

—  Oui, et encore nous n’avons pas compté les brins d’herbe dans la prairie… oui, il y en a tellement que moi-même je ne saurais pas les compter. C’est une richesse d’avoir tous ces êtres vivants autour de nous. Qui nous fournissent du bois pour la maison ou pour nous chauffer, en plus de leur présence ou de l’air si vivifiant… quelle richesse d’avoir cela juste devant notre foyer !

—  Papa, en fait nous sommes riches ! me dit-il avec joie.

—  Oui mon fils. Nous sommes riches. Mais qu’est-ce qui a fait changer ton regard ?

—  Ben c’est tout ce qui est là, que tu m’as montré.

—  Pas exactement. C’était là quand tu pensais que nous étions pauvres et que cela te rendait triste, et c’est toujours là maintenant que tu ressens la joie de la richesse. Ce qui a changé, c’est que tu as accueilli cette richesse de la nature qui t’entoure. Tu as accueilli l’abondance de ce qui est offert. L’air est gratuit. L’eau de cette source aussi. Ce qui te rends riche, c’est d’accueillir cela. Et tu sens en toi, au plus profond de toi, que c’est cela la vraie richesse.

—  Oui papa.

—  Et sais-tu comment être encore plus riche ?

—  Non, me dit-il avec une certaine curiosité.

—  Et bien, tout comme je viens de le faire avec toi, non seulement tu vas apprendre à apprécier ces richesses de la Terre, mais aussi tu vas apprendre à les partager. Ce sont des richesses particulières. Quand tu les partages, tu ne perds rien. Ce n’est pas comme l’argent. Ces richesses de la nature sont pour tous les êtres. Quand tu les partages, non seulement tu ouvres d’autres êtres à la richesse, mais aussi tu sens dans ton cœur plus de joie. La joie de partager les richesses. D’apprendre à les accueillir. On devient riche quand on sait accueillir les vraies richesses.

Sentir est une richesse. Partager est une richesse. Cela enrichit tous les êtres.

Tu te rends compte ?

—  Oui, je n’y avais pas pensé. Je vais le dire à maman.

 

 

Puis j’ai repris le travail du bois pour aménager notre habitat, pendant que mon fils restait songeur et silencieux avec la nature qui l’entourait et que son petit frère dormait dans la poussette un peu plus loin.

 

Les histoires d’argent appartiennent aux adultes. Parfois, quand nous avons peu d’argent, nous apprenons à vivre différemment. Et aussi, ce sont des occasions pour demander de l’aide. Dans l’existence, il y a des moments où on apprend à donner, et des moments où on apprend à recevoir.

Que ce soient les peurs financières ou d’autres peurs, cela réduite nos champs d’énergie, et cela nous éloigne de la Terre, du lien avec le vivant et du lien bienveillant entre tous les êtres. Cela nous éloigne de la vibration de l’instant, cette vibration commune à toutes les dimensions de la Terre et du Ciel.

Non seulement nous avons à apprendre à retrouver le chemin vers la Reliance à cette vibration, à ce qui remplit de vie tout ce qui est, mais nous avons aussi à apprendre à le partager.

 

Nous ne pouvons pas être riches en nous séparant de la vie ou du flux divin qui unit tous les êtres dans son champ lumineux. La séparation nous appauvrit, nous isole.

Par définition, un isolant est ce qui nous isole d’une énergie passante.

À chaque instant, cette énergie s’offre à nous. Quel que soit notre façon de nous y ouvrir, cela nous remplit. Cela nous sort de nos séparations, de nos peurs, de nos conditionnements.

 

Il est temps de revenir à la richesse de la Vie qui se manifeste, la richesse de la Terre, et de sortir de l’isolement. Il est temps de trouver des moyens, des lieux, des opportunités, de vivre des moments de reliance simples, ensemble. C’est une voie d’ouverture, une voie d’éveil, et une voie d’amour…

 
 
 

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