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Solstice





Je suis allé au bord de la rivière.


L’air était doux. La rivière coulait paisiblement.

J’ai donné quelques offrandes de pain, et j’ai allumé ma pipe. J’avais mis quelques herbes à fumer : un peu de feuilles dures de romarin, quelques fragments de feuille de sauge et de bouillon blanc.


Les plantes sacrées de nos contrées étaient avec moi. Ensemble, les plantes, la rivière, les arbres alentour et moi, nous avons fumé.


L’air était doux. Il embaumait la présence paisible.


Même la rivière le sentait. Quelques fougères manifestaient leur approbation à ce rituel simple en agitant légèrement leurs frondes encore déployées en cette fin d’année.


La fée du solstice est venue me visiter. Elle annonce le froid et l’hiver.


Elle est majestueuse, on dirait une reine.


Les graines s’enfoncent délicatement dans le sol afin de recevoir le souffle frais et glacé qui va leur donner l’impulsion de jaillir au printemps prochain. Telles des promesses enfouies, elles semblent si fragiles et pourtant si prêtes à déployer la vie. Je les sens sous mes pas lorsque je marche ou que je reviens de la rivière. Des offrandes.


Tout est à sa place.

L’air est doux, le soleil est déjà parti derrière les crêtes voisines.

Je reste seul avec la rivière, les arbres, les roches et la fée du solstice.

Ensemble nous avons écouté.


Dans toutes les directions, il y a un son. Un son doux. Tout est à sa place.


Le temps peut alors se figer. La fée du solstice d’hiver arrive lorsque le temps semble se figer.


A travers les trames du temps, la rivière coule librement. L’eau de vie circule. Paisiblement.


Le temps de la terre d’automne touche à sa fin. C’est le temps de l’eau. La terre d’automne est le moment des racines et des champignons. La fée du solstice marche sur la terre tiède. Elle appelle l’eau, le chant de l’eau, qui émerge. L’appel est lancé. Le froid peut arriver. L’eau et l’air frais. L’air frais des brumes glacées…


Dans la fumée de mes offrandes, les parfums s’élèvent. « Rentre dans les parfums petit homme. Rentre dans les parfums… » semblent murmurer les esprits de la nature qui rôdent autour de nous. « Viens avec nous, dans le monde sans temps, dans les lieux sans débuts ni fins. » Je sens leurs présences. Les esprits de la nature qui se sont rapprochés avec la fée du solstice et les parfums de la pipe sacrée. Ils sont puissants, enveloppants, et leurs voix jouent avec la fumée, avec le souffle parfumé et les volutes sacrées. Je les accueille. Je « suis avec ». La présence magique se révèle, observant, accueillant, et bénissant. Une force sublime est à l’œuvre. La vie se déploie et joue avec l’air doux du solstice.


Emporté dans la présence et les esprits de l’entre deux mondes, un chant me vient de loin. C’est la rivière. Elle me ramène paisiblement à la présence de l’instant. A la présence de la densité. J’accueille son chant, j’accueille la densité.


Dans l’air doux de ce moment, la nuit peut se lever. Elle est douce. Pleinement douce.

Au loin, un clocher sonne le temps, sans savoir qu’il est momentanément figé. Nous sommes hors du temps. Nous sommes dans l’enchantement.


Les dernières bouffées se sont déjà envolées. Le fourneau s’est éteint pour accueillir la nuit paisible.


La rivière chante son chant de la nuit, un peu plus fort, un peu plus présent, comme si elle appelait la lune qui viendra de loin. Loin au-dessus des crêtes. A l’Est.


Le chant de la rivière et des esprits de l’eau m’a ramené à la densité. Les esprits du lieu et la fée du solstice se sont discrètement retirés, me laissant seul achever ce temps de retrait.


J’écoute un instant. Au loin quelques mouvements presque imperceptibles se font entendre. D’un pas lent, je quitte ce lieu hors du temps, et je remonte vers mon foyer. L’air est doux. C’est un beau solstice.

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